Définir la terminologie

L’écologie industrielle consiste en un bouclage des flux de matières et d’énergie au sein du système industriel, suivant le modèle des écosystèmes naturels où rien ne se perd. Il s’agit donc d’un système réfléchi vers lequel il est possible de tendre pour mieux participer au développement durable en visant des collaborations interentreprises permettant des échanges de flux qui seraient autrement rejetés en pure perte. Une entreprise peut aussi appliquer le concept d’éco-efficience, soit une consommation plus efficace des ressources dans son fonctionnement interne, permettant de réduire son empreinte écologique. Ces synergies éco-industrielles se révèlent à la suite d’un diagnostic des flux de matières entrantes et sortantes au sein du parc d’activités.

Le projet le plus connu est celui de Kalundborg au Danemark. Voici un extrait d’une entrevue réalisée avec Jorgen Christensen, consultant pour l’Institut de la symbiose Kalundborg Danemark depuis 1990, qui explique les débuts et l’évolution du projet (Synopter, 2001) :

La symbiose industrielle est un phénomène qui s’est développé durant plusieurs décennies et qui fonctionne encore. C’est un réseau environnemental et de ressources qui a émergé ici à Kalundborg, entre quatre entreprises et une collectivité. L’idée était d’économiser des ressources et de créer un avantage au niveau de l’environnement.

Ce n’est pas une organisation qui a été planifiée. Elle s’est formée toute seule. Le nom « symbiose industrielle » a été créé bien plus tard, lorsque nous avons réalisé que l’organisation que nous avions là n’était pas courante et que nous pouvions l’utiliser dans d’autres thématiques et d’autres lieux pour le bénéfice de tous.

La coopération n’a rien d’extraordinaire, c’est juste du bon sens. Quand deux entreprises ont commencé à penser que la réutilisation des déchets d’une entreprise serait une chose smart.

Les partenaires sont : Asnaevaerket, une usine de production d’électricité au charbon, la plus grande du Danemark, la raffinerie Statoil, la plus grande aussi du Danemark, Gyproc qui fabrique du placoplâtre et d’autres matériaux de construction, Novo Nordisk qui est une société pharmaceutique, et la ville de Kalunborg comme prestataire de services et fournisseur d’électricité et d’eau. Récemment deux entreprises ont rejoint le réseau de symbiose.

Le réseau a commencé quand la raffinerie a été localisée ici au début des années soixante. Une raffinerie a besoin de grandes quantités d’eau pour le refroidissement. L’eau ne pouvait pas être prise dans le système classique. Il y a eu un accord entre Statoil et la collectivité pour la mise en place d’un système d’acheminement de l’eau d’un lac. Ses besoins ont augmenté et ils ont cherché alors de nouvelles sources d’approvisionnement. Elle a ainsi développé des échanges avec trois autres entreprises.

Un autre projet est apparu au début des années soixante-dix, Gyproc, l’usine qui fabrique du Placoplâtre, utilisait beaucoup d’énergie pour le chauffage du gypse et du plâtre. Ils se sont demandés s’ils ne pouvaient pas utiliser les excès de gaz de la raffinerie comme source d’énergie pour le processus de séchage. Cela n’avait jamais été fait, mais ils ont contacté la raffinerie. La raffinerie, curieuse, les a laissé faire. Ils ont installé un pipeline et commencé à utiliser cet excès de gaz.

Petit à petit les coopérations entre les entreprises se sont développées. En 1998, il y a eu un des plus grands projets : la fourniture de vapeur entre l’usine de production électrique, la raffinerie et Novo Nordisk. Ces deux derniers avaient tous les deux des chaudières pour produire leur propre vapeur. Cela paraissait un peu étrange qu’une vapeur de bien meilleure qualité puisse être fournie par une usine de production électrique. Cette idée a été une première fois rejetée car des règles et des lois interdisaient ces échanges.

Mais après la crise énergétique du milieu des années soixante-dix, il y a eu un changement de paradigme. Les compagnies d’électricité évoluaient de fournisseur d’électricité à fournisseur d’énergie. Le gouvernement a encouragé ce genre d’initiative et a donc délivré l’autorisation de vendre de la vapeur. Cela a donné lieu à un superbe projet qui dure maintenant depuis vingt ans. La fourniture de vapeur a toujours été de bonne qualité. Elle est transportée par des pipelines de 3 kilomètres. Les travaux ont été faits en même temps que la collectivité qui agrandissait son réseau de chauffage central. La collectivité profita donc aussi de cette fourniture de chaleur. Il y avait trois gros pipelines : deux pour l’eau de chauffage et un pour la vapeur. Actuellement, ils installent un nouveau pipeline car la capacité est dépassée.

L’écologie industrielle prend la forme d’une synergie des sous-produits lorsque deux entreprises s’échangent des matières résiduelles et en réalisent un bénéfice mutuel. Une synergie qui utilise les rejets d’énergie ou de matières résiduelles est facilitée par la proximité des participants. La mise en valeur d’un sous-produit permet ainsi un gain environnemental tout en présentant de nouvelles occasions d’affaires pour les entreprises. Les possibilités d’une entité à réaliser des synergies seront illustrées à travers son potentiel synergique.

Pour un ensemble d’entreprises, une multiplicité de synergies devient une symbiose éco-industrielle. Ces synergies des sous-produits permettent à plusieurs rejets de devenir utiles pour d’autres entreprises. L’appellation signifie qu’au moins trois entreprises sont impliquées dans l’échange de plusieurs matériaux, dans des transferts d’énergie résiduelle ou dans un partage de biens physiques (comme des stationnements).

Enfin, le territoire où des établissements exercent une symbiose éco-industrielle à travers les synergies des sous-produits est un parc éco-industriel (PEI). Contrairement à l’idée populaire, ce n’est pas un parc industriel où l’on ne dénombre que des entreprises du secteur de l’environnement, mais plutôt un espace déterminé qui regroupe des entreprises liées entre elles par une même volonté d’intégrer de meilleures pratiques environnementales et de développer des échanges minimisant les pertes d’énergie et les rejets. Le niveau d’interventions environnementales et sociales dans le parc est donc une notion relative. Le parc ne doit pas être perçu comme une zone géographiquement confinée. En effet, il peut comprendre l’agglomération voisine ou même une entreprise située à grande distance si elle est la seule à pouvoir valoriser une matière résiduelle rare qu’il n’est pas possible de traiter à proximité.

Impliquez-vous dans la trousse

Les experts derrière ce chapitre

Comité d’experts

Mandat spécifique

  • Mariane Guilbault-Maltais
    RECYC-QUÉBEC
  • Éric Le Couédic
    AQME
  • Guillaume Porcher
    Green e-motion

Voir la liste complète
des experts de la trousse